A force de lire des commentaires hostiles au projet de loi Hadopi partout sur Internet, j'ai fini par me demander si on pouvait trouver des arguments pour dire OUI A HADOPI.
Force est de constater qu'il n'est pas facile d'en trouver des valables sur Internet:
Mettons de côté les analogies avec le vol de CD qui ne tiennent pas la route
Oublions le réflexe de la punition: "Il faut bien une sanction pour dissuader le téléchargement..."
Faisons abstraction de la mauvaise foi de certains artistes et industriels de la musique qui défendent leur beefsteak.
Reste un motif pour aller dans cette voie: Éviter une transition trop brutale à l'industrie culturelle.
Il est évident que la révolution numérique ne peut pas être arrêtée. Toutefois la mutation profonde qu'elle impose au système de distribution des biens immatériels se déroule en plusieurs étapes.
En voulant mettre la charrue avant les boeufs, on pourrait bien faire des dégâts inutiles.
La licence globale est aujourd'hui peu attractive pour les majors et certains artistes à succès. Mais plus le temps va passer, plus leurs revenus vont diminuer. Arrivera donc forcément un moment où cette alternative deviendra intéressante. En indexant cette forme de taxe au débit/usages, on pourrait d'ailleurs atteindre le point de bascule plus rapidement comme l'illustre la courbe simpliste ci-dessous.
En attendant il faut bien tenter des choses pour préserver les personnes qui vivent de l'ancien modèle le temps qu'elle s'adaptent. Même si les solutions légales proposées sont vouées à l'échec, leur application sur quelques mois, voire quelques années pourrait suffire à justifier leur mise en place.
On peut alors objecter qu'Hadopi ne fonctionnera même pas une journée pour des raisons techniques: Évidemment , la musique c'est de l'information, donc rien ne pourra jamais empêcher sa diffusion. Il y a toujours un programme ou procédé pour séparer le son de tous les DRM et autres systèmes de contrôle.
Cet argument n'empêche pas de penser qu'il est faisable de réguler efficacement les flux. Aujourd'hui, tout le monde n'est pas un crack du partage WiFi ni un expert du cryptage peer-to-peer.
Le partage en réseau local expose beaucoup l'administrateur du réseau. Le transfert via les clefs USB n'est franchement pas pratique et ralentit significativement la diffusion massive.
L'analogie avec les flux financiers est intéressante: L'argent peut se réduire à l'état d'information pure tout comme la musique. Cet état de fait n'empêche pas le contrôle, bien au contraire ! Aujourd'hui rien de plus simple que de faire une copie d'un billet de banque avec une bonne imprimante. Et pourquoi pas ne demander à son banquier de faire un copier coller de son compte bancaire pour avoir deux fois plus de liquidités pendant qu'on y est ?
Si on admet qu'Hadopi et toutes les règlementation du même accabit sont transitoires et nécessaires, reste qu'Hadopi entraine des changements qui pourraient être eux définitifs. En particulier le fait de donner aux FAI le droit de contrôler ce qui passe dans leurs tuyaux. Un peu comme si La Poste ouvrait tous les colis que je lui remet chaque jour pour vérifier que je ne fais pas de contrebande !
Ce point représente potentiellement une vraie menace aux libertés:
- Les pessimistes diront que le risque n'en vaut pas la chandelle. Mieux vaut laisser s'effondrer n'importe comment l'industrie musicale plutôt que de mettre le pied dans un système dont on n'a pas idée des conséquences
- Les optimistes se rassureront en mesurant la difficulté technique pour les FAI à mettre en place un tel filtrage. L'accroissement des capacités du réseau favorisée par la concurrence mondiale serait alors l'échappatoire qui apporterait une vraie solution durable bien avant le basculement chez Big brother.
Une seule chose est certaine: le jour ou Internet tombera en panne, on sera bien content d'avoir des copies sur nos disques durs. Quel que soit le dispositif économique, ce qui importe c'est que le savoir et la culture continuent de circuler.